Tombons le « Voile »

Avec un peu de recul, ce que pense un roubaisien de 80 ans de l’émission « Zone Interdite sur l’Islam radical à Roubaix ».

Il s’agit d’un reportage sur un sujet donné. Bien sûr que Roubaix ce n’est pas que cela mais ça en fait partie. Tout ce qui est positif n’était pas à l’ordre du jour. Il ne faut pas le reprocher à la journaliste. D’ailleurs, si vous voulez voir l’antithèse de ce reportage regarder la vidéo « Roubaix contre-enquête ». Ce qui se vit à Roubaix au quotidien n’est pas bien retransmis, ni dans l’un, ni dans l’autre de ces deux reportages. Maintenant si vous regardez la vidéo « Roubaix. Petit voyage chez les remplacés » vous commencerez à avoir une vue d’ensemble.

Revenons à l’émission et son focus sur la rue de Lannoy. Ne nous plaignons pas car la journaliste aurait pu ajouter : l’Epeule, la Fosse aux chênes … d’une manière générale les quartiers Nord, Est, Ouest. Trouvez-moi dans ces quartiers une seule boucherie traditionnelle où je pourrais acheter un travers de porc : je suis preneur.

Ce n’est pas juste de reprocher à Ophélie Meunier d’avoir opéré en caméra cachée. Chacun de nous sait pertinemment que les portes lui seraient restées fermées. Elle n’aurait pas pu filmer librement les dérives de l’islam radical. La vérité aurait été travestie.

Par contre, c’est irraisonnable de dire que Roubaix c’est l’Afghanistan à 2 heures de Paris. Mais dire qu’un remplacement de civilisation s’opère progressivement à Roubaix c’est un fait. Dans ma rue par exemple à l’Hommelet pratiquement tous les visages qui m’entourent ont changé depuis que j’y habite (1984). Ce qui était commun dans les années 1970 aux habitants de cette ville ne l’est plus dans sa globalité, au moins dans les quartiers Nord, Est, Ouest. A commencer par la religion, la langue, la mode, voire certaines valeurs morales je pense par exemple aux droits des femmes.

Toutefois, personnellement je ne vis pas la peur au ventre dans mon quartier transformé, simplement je constate. Certes je côtoie les incivilités et de nombreux points de vente de drogues mais je ne connais pas de zone de non droit. Jusqu’à présent je vais partout sans être importuné avec un bémol ce n’est pas la même chose pour une jeune fille un peu trop habillée à la mode européenne.

On nous oppose les bienfaits de la diversité c’est-à-dire ce qui nous rend plus ouvert, plus compréhensif. Voilà à mon sens où le bât blesse avec l’Islam radical qui entraîne toute une population vers moins d’ouverture, moins de compréhension, moins de tolérance. En 2014 au cours de la campagne municipale j’avais traduit le risque de la dérive par le dessin repris dans le texte.

Oui, il y a bien dans notre ville des intolérances consécutives à la pression religieuse islamique. Elles s’amplifient progressivement. C’est inquiétant. Quelques exemples vécus personnellement :

  • En 2006, à la suite d’une opération chirurgicale, l’assurance nous avait adressé une aide à domicile voilée « Fatima ». Elle connaissait très mal notre langue, je lui ai proposé des cours. Elle était enchantée et très réceptive. Elle venait de perdre son mari c’est son frère qui l’a chapeautée. Très vite il l’a sommée de stopper les cours.
  • Avant le covid, pour mon épouse au travail la poignée de main, ce simple geste de communication, et la bise n’étaient plus acceptées pendant le Ramadan par son collègue musulman.
  • Près de chez moi un homme dans la force de l’âge est allé chercher une jeune femme en Algérie. A son arrivée elle était toute pimpante, non voilée. Six mois plus tard elle portait le voile et progressivement je l’ai vu dépérir. Sa vie n’est pas très gaie me dit-elle, sa belle-famille l’étouffe. Une autre voisine a fait la une dans un mensuel avec son jilbab blanc. Elle a été répudiée, une semaine plus tard je la croisais dans Roubaix elle avait abandonné le jilbab pour une tenue européenne. Une liberté retrouvée.
  • En 2014 Baya qui travaillait chez nous avait peur pour moi, elle me disait après avoir vu le dessin au début du texte : « méfiez-vous vous allez avoir des ennuis vous savez moi je suis rejetée par une partie de ma communauté. Elle me reproche d’être une mauvaise musulmane parce que je ne veux pas porter le voile ». 
  • En 2015 un ami musulman a voulu tenir un café restaurant dans le quartier Nord, il servait à ceux qui le souhaitaient de l’alcool. Des « barbus » comme il les nomme sont venus lui dire que dans ce quartier un musulman ne doit pas servir de l’alcool. Il a dû fermer son commerce pour avoir la paix.
  • En 2017, ma bijoutière, Grand-rue a été insultée parce qu’elle buvait de l’eau pendant le Ramadan. Depuis elle a fermé son commerce et a quitté Roubaix.
  • Je suis très proche d’un jeune père de famille musulman. Quand il vient manger à la maison mon épouse lui cuisine de la viande halal et on ne lui sert pas d’alcool. Par contre, quand il nous invite chez lui l’alcool est proscrit pour nous. Nous faisons des concessions, il n’en fait pas.
  • Abdel est venu travailler chez moi, il aimait la bière. Quand je lui donnais une canette avant de quitter la maison il la cachait pour ne pas être discriminé par ses amis musulmans. Ils n’apprécieraient pas, me disait-il.
  • Lors d’une fête de l’Aïd au parc du Brondeloire, il y a quelques années le journal Nord Eclair rapportait que le prédicateur avait demandé aux hommes d’inviter leurs épouses à porter le voile. La pression !
  • Aux dernières élections municipales, au bureau 123, la Présidente portait le hijab alors qu’à son poste tout signe religieux est interdit. Au repas depuis quelques temps, la mairie ne proposait plus dans ce quartier ni sandwich au jambon, ni de la bière pour l’accompagner ! Il a fallu batailler pour au moins retrouver le sandwich jambon au deuxième tour des dernières élections.
  • Hier une jeune musulmane qui vient d’ouvrir une pâtisserie à Roubaix me dit gratuitement : « Je n’aime pas vivre en France ». Mais alors pourquoi est-elle venue !
  • Récemment je visitais un musulman à la prison de Sequedin. Je hais les français me dit-il, je lui demande alors pourquoi il est venu en France. Pour vous em. . . . . . me répond -il !

Les personnes nommées ci-dessus (les prénoms ont été modifiés) n’ont rien à voir avec des terroristes, elles sont simplement victimes d’un communautarisme sous influence religieuse. Une influence telle qu’elle ne favorise pas le vrai vivre ensemble. Progressivement nous vivons côte à côte.

Il me semble qu’il faut être attentif à ces pressions religieuses et œuvrer tous ensemble pour qu’elles soient combattues. Des films tels que : « Le jeune Ahmed » des frères Dardenne ou « L’Adieu à la nuit » d’André Téchiné » font prendre conscience de ce qui peut advenir si on se laisse entraîner par la radicalisation d’une religion quelle qu’elle soit. Dans la religion musulmane par exemple la sourate 9 « AT-Tawbah (129 versets) interprétée au premier degré peut devenir une catastrophe pour des esprits manipulés verset 5 : « … tuer les associateurs où que vous les trouvez… », verset 23 : « Ne prenez pas pour alliés vos pères et frères s’ils préfèrent la mécréance à la foi ». Dieu merci les esprits avertis retiendront plutôt le verset 91 : « Allah est pardonneur et Miséricordieux ».

Quand j’étais jeune, le catholicisme était omniprésent à Roubaix. Les adeptes étaient sûrs de détenir la vérité, l’unique, la vraie. Dans cette communauté le divorce, l’avortement, l’homosexualité n’étaient pas acceptés. La pression familiale faisait que la brebis égarée était priée de revenir dans le rang. Il était inconcevable pour une femme d’aller à la messe sans se couvrir les cheveux, les représentants du culte catholique portaient des vêtements à signification religieuse et ils étaient nombreux à Roubaix. Vient alors l’avènement du Concile « Vatican II » ouvert en 1962 et fini en 1965. Un bouleversement, l’église reconnaît alors des éléments de vérité dans les autres religions, ouvre à la tolérance. En outre, le plus grand nombre de clercs, de curés, de religieuses quitte leur tenue religieuse dans l’espace publique. Leur foi cherche à se traduire par des actes en accord avec l’Evangile et non plus par du superflu vestimentaire.

Pour que tout le monde puisse vivre sans la pression d’une communauté dans le cas présent aujourd’hui musulmane, je rêve : que dans l’espace public les musulmanes finissent par retirer leurs vêtements à connotation religieuse, les hommes leur qamis pour les réserver à la pratique religieuse chez eux et dans les mosquées, que les boucheries de quartier proposent toutes sortes de viandes.

Si toutes les religions pouvaient se vivre chez soi dans l’intimité des cœurs nous vivrions mieux la fraternité. Un reportage comme celui de M6 Zone Interdite sur l’islam radical n’aurait plus raison d’être parce que l’Islam radical reculerait de lui-même.

Tout cela ne m’empêche pas d’aimer ma ville parce qu’elle a de belles propositions culturelles à offrir et surtout elle est peuplée de personnes simples au grand cœur, solidaires et je ne voudrais pas que son visage change parce qu’il serait abimé par un obscurantisme prospérant.

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